Isolement et/ou contention : des modalités pratiques régulièrement interrogées

29 novembre 2017
14h00 - 15h30

Isolement et/ou contention : des modalités pratiques régulièrement interrogées

Au delà des modalités cliniques et juridiques, comment ces mesures s’administrent-elles en pratique ? Avec quel accompagnement ? Quelles limites ? Il s’agit pour les soignants de les décrire le plus finement possible pour se limiter à ce qui est cliniquement et humainement nécessaire. Comment l’institution peut-elle accompagner les professionnels ?

– Etat des lieux des pratiques
Betty Brahmy, psychiatre Contrôleur des lieux de privation de liberté

Résumé. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a pour mission de veiller à ce que les personnes privées de liberté soient traitées avec humanité et dans le respect de leur dignité. L’hôpital psychiatrique, s’il n’est pas par définition un lieu de privation de liberté, peut admettre des patients sans leur consentement et dont la liberté d’aller et venir se trouve restreinte ; en outre ces patients peuvent être soumis à des mesures de contrainte physique (placés en chambre d’isolement ou sous contention), procédures exclues de tout contrôle judiciaire. Les visites du CGLPL dans les établissements de santé ont notamment mis en évidence des pratiques de l’isolement et de la contention très diverses d’un département à l’autre, voire, d’un secteur à l’autre et d’une unité à l’autre. La loi du 26 janvier 2016 avec la circulaire d’application du 29 mars 2017 devraient modifier la situation en énonçant clairement un objectif d’encadrement et de réduction de ces mesures et en instaurant dans chaque établissement de santé un registre recensant ces mesures. Le CGLPL, outre les rencontres avec les acteurs des établissements de santé et les visites de l’ensemble des chambres d’isolement, vérifie la mise en œuvre de ce registre et devrait disposer dorénavant d’un outil permettant de faire le point sur ces pratiques au sein de chaque établissement.

– Définir le bon usage de la contrainte : retour sur les pratiques ordinaires de recours à la chambre fermée
 Delphine Moreau, sociologue, Hesav, Lausanne

Résumé. L’usage des contentions mécaniques et de la chambre d’isolement font, depuis la loi du 26 janvier 2016, l’objet d’un nouvel encadrement légal. Celui-ci en fait la matière d’une « décision » médicale (et non d’une prescription) et indique que ce doit être une pratique de « dernier recours ». Mais comment les soignants définissent-ils en pratique le bon usage de la contrainte ? Cette intervention portera sur les recours ordinaires à la chambre fermée (chambre d’isolement, de soins intensifs, d’apaisement, chambre ordinaire fermée), à partir d’une recherche sociologique s’appuyant sur des observations sur le terrain (services d’hospitalisation et d’urgence) et d’entretiens avec des professionnels (infirmiers, aides-soignants, psychiatres), dans la période précédant la loi de 2016. Elle reviendra sur les différentes fonctions que lui attribuent les soignants : thérapeutique (apaiser, contenir), de sécurité (prévenir des violences), d’ordre (réguler les tensions du service)… et la manière dont ils en identifient les usages « bons » et « mauvais », légitimes et illégitimes. Devant l’hétérogénéité des pratiques d’un service à l’autre, il s’agit de poser la question de ce qui permet aux soignants de réinterroger leurs manières de faire.

– De la contention physique à la contenance psychique : le cheminement d’une équipe de soin
William Errigo, cadre supérieur de santé et Arnaud Boeglen, psychologue, Unité Chamoise, Centre psychotérapique de l’Ain.

Résumé. Soigner en psychiatrie sans utiliser de dispositif de contention et en réduisant l’isolement reste possible, à condition de prendre en compte les entours et le paysage institutionnel. Travailler les questions de l’accueil, de la vie quotidienne, de la fonction soignante partagée et de la fonction phorique, constitue le socle à partir duquel nous tentons de mettre en œuvre au quotidien une pratique clinique où la subjectivité et l’invention de chacun ont droit de cité.