Comment « jouer » avec le cadre de soin pour qu’il résiste aux attaques ?

17 octobre 2019
13h45 - 15h15

Comment « jouer » avec le cadre de soin pour qu’il résiste aux attaques ?

TABLE RONDE

Appliqué à la lettre, le cadre devient un carcan qui emprisonne et compromet le soin. Dépositaire d’un esprit et de valeurs, il habite la psyché des soignants qui doivent le faire vivre. Dans le respect des différences, comment jouer avec ce cadre ? Comment le rendre suffisamment malléable pour qu’il s’adapte aux situations imprévues et résiste aux attaques inévitables ? En travaillant l’ambiance ? En se décentrant ?

« Etre autour pour être avec… »  ou comment « soigner l’ambiance » de l’unité de soin, Michel Miazza, infirmier chef, Fondation de Nant (Suisse)

Lors d’une hospitalisation, quand, pour un patient tout déborde (délire, idées suicidaires, agirs…), être en lien avec l’autre ne va pas de soi… Dans ces situations, Il faut d’abord l’apaiser physiquement et psychologiquement pour lui permettre ensuite d’entrer plus activement dans un processus thérapeutique. Mais au-delà des prises en charges « classiques », l’organisation de l’environnement quotidien de l’unité de soins constitue potentiellement un formidable levier thérapeutique. La qualité première de l’ambiance d’un service n’est pas d’être « bonne » ou « mauvaise », mais thérapeutique. Elle doit pouvoir résister à la destructivité, accueillir le négatif pour le transformer, en offrant un environnement sécure et bienveillant. Comment les soignants peuvent-ils, à travers des soins collectifs et individuels, des actions concrètes et symboliques potentialiser les effets thérapeutiques de cette ambiance. Comment l’institution peut-elle, à travers son organisation, soutenir les équipes en valorisant ces prestations ?

Une fenêtre dans le cadre, Christophe Malinowski, infirmier, Centre hospitalier Gérard Marchant, Toulouse

Le cadre… Fondation, filet, guide… contrainte ? Autoriser une cigarette la nuit malgré l’habituelle interdiction, laisser à une jeune patiente suicidaire l’écharpe de son amoureux ou encore servir un petit déjeuner en fin de matinée à un patient levé tard… Entorses  inacceptables ou nécessaires souplesses ? Difficile dans le tumulte d’un service de réagir aux attaques du cadre, d’affirmer notre place de soignant. Heureusement parfois, dans l’équipe, une infirmière expérimentée ose bousculer les habitudes et les protocoles pour adapter le soin au plus près du patient et ainsi créer du lien. Alors dis-moi, Germaine, chère vieille collègue, quelle est ta « méthode » ?…

Comment rejoindre un patient qui sort du cadre  avec la communication hypnotique ? Dr Philippe Aim, psychiatre, psychothérapeute, directeur de l’institut UTHyL formateur en hypnose et thérapies brèves

L’on entend souvent le mot « recadrage » en institution comme l’idée de remettre le cadre, ramener nos règles quand le patient en sort. En hypnose et thérapies brèves, recadrage est entendu sous l’angle « photographique » du terme : changer le cadre d’observation. La même scène, vue sous un autre angle est totalement différente. Certains patients sortent justement du cadre attendu : au lieu de formuler une demande ils dévident une plainte infinie, échappant à toutes nos manœuvres ; certains  n’ont carrément pas de demande mais sont envoyés là par un autre ; certains sont agressifs voire opposants ; plaintifs voire agaçants ; passifs voire dépendants… Et si, plutôt que de les recadrer pour qu’ils rentrent dans nos cases plus familières, nous apprenions à recadrer la situation ? Considérer la même réalité sous un autre angle pour arriver, même quand cela semble difficile, à rejoindre le patient là où il est pour le mobiliser ? Et si on pouvait le faire avec des outils bien plus simples qu’on ne le pense, pertinents dans le champ de la santé mentale et avec de beaux résultats en termes relationnels avec les patients ?