Agitation ou retrait : quand les équipes de soin vacillent

13 octobre 2026
14h30 - 16h00

Agitation ou retrait : quand les équipes de soin vacillent

Les troubles du comportement constituent aussi une expérience partagée qui engage autant le cadre de soin que ceux qui le font vivre. Certains débordent : comportements sexuels impulsifs/compulsifs, passages à l’acte, refus répétés… et éprouvent la cohésion et la capacité contenante des équipes, réveillent la peur, la colère et activent les tensions. À l’inverse, le retrait, l’inhibition ou certaines formes dépressives laissent parfois aux soignants un sentiment diffus de découragement et d’impuissance ; le patient ne sollicite pas, ne proteste pas, ne dérange pas, et pourtant quelque chose se joue qui vient remettre en cause le sentiment d’efficacité du collectif soignant. Pourquoi les troubles du comportement nous troublent-ils tant ? Que révèlent-ils du fonctionnement collectif, des ressources disponibles, des fragilités institutionnelles ? 

« Et si on essayait autre chose… » : de la mise à l’épreuve à la prise de « risque » – Yvonne Quénum, Infirmière-chercheuse.

La créativité des équipes soignantes, leur inventivité, leurs tâtonnements parfois, sont indispensables pour faire face aux passages à l’acte et aux situations qui débordent. Mais que se passe-t-il quand, malgré cet engagement, malgré les tentatives, la situation finit par basculer vers une extrême violence et la contrainte ? Comment traverser ce moment, vécu souvent comme un échec, sans que tout s’effondre : la cohésion de l’équipe, la confiance en soi, l’envie de continuer à oser ? En s’appuyant sur des situations cliniques où l’agitation a mis les soignants à rude épreuve, et en croisant les regards infirmier et sociologique issus de l’étude PLAID-Care, cette intervention explore une question centrale : quels ingrédients soutiennent les équipes pour qu’elles continuent à être créatives, à oser sortir du cadre et inventer, malgré des expériences qui peuvent ébranler leur sentiment d’efficacité ? Car c’est peut-être là, dans cette capacité à ne pas se laisser figer par l’épreuve, que se joue quelque chose d’essentiel du soin en psychiatrie.

« Faire arrêter », « faire accepter », « faire changer » ? : l’entretien motivationnel face aux comportements difficiles – Emeric Languérand, Psychologue, psychothérapeute, GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, Université Côte d’Azur.

Les comportements qualifiés de « difficiles » mettent souvent les professionnels dans une position délicate : faire accepter un soin, obtenir un changement, convaincre, contenir ou faire cesser un comportement problématique. Malgré leur légitimité, ces objectifs peuvent parfois conduire à des interactions marquées par l’opposition, le retrait ou la résistance. À partir de situations cliniques issues notamment du champ des conduites addictives et des troubles de la personnalité, cette intervention montrera comment l’entretien motivationnel permet de comprendre ces réactions non comme des caractéristiques du patient mais comme des phénomènes relationnels qui émergent dans l’interaction. Elle s’intéressera également à la fonction que peuvent avoir certains comportements dans des contextes de souffrance psychique, de stress chronique ou d’insécurité émotionnelle. Le refus de changer n’est pas toujours le signe d’un manque de motivation : il peut aussi correspondre à une tentative de préserver un équilibre perçu comme nécessaire ou un sentiment de sécurité face à l’incertitude du changement. En explorant l’ambivalence plutôt qu’en cherchant à la résoudre à la place de la personne, l’entretien motivationnel favorise une alliance de travail et la restauration d’un dialogue authentique. L’objectif est de proposer aux soignants des repères concrets pour comprendre les impasses relationnelles, maintenir l’engagement thérapeutique et soutenir le changement sans renforcer les mécanismes de défense qui maintiennent les comportements problématiques.

Quand l’hypersexualité trouble le soin – Julien Martinez, Infirmier en pratique avancée psychiatrie et santé mentale, Doctorant en sciences,  Centre ressources pour intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) Auvergne-Rhône-Alpes, Délégation de Clermont-Ferrand.

La clinique du lien est une clinique complexe, notamment chez les personnes présentant un Trouble Borderline (TB) ou un Syndrome de Stress Post-Traumatique (SPT/SPT-C). Bien que distincts sur le plan diagnostique, ces troubles sont fréquemment associés et partagent plusieurs manifestations comportementales. Les études montrent que les femmes souffrant de TB présentent davantage de comportements sexuels à risque : sexualité plus précoce, davantage de partenaires, relations occasionnelles et rapports non protégés. Elles sont également plus exposées aux violences sexuelles, aux viols et aux grossesses non désirées. De leur côté, les symptômes du SPT/SPT-C sont liés à une augmentation de l’hypersexualité et des comportements sexuels impulsifs. La dysrégulation émotionnelle et les difficultés de contrôle des impulsions semblent jouer un rôle central dans ces conduites. Il est donc pertinent d’aborder la question des violences sexuelles à travers ces manifestations symptomatiques. Pour les cliniciens, l’enjeu est d’éviter de considérer ces comportements comme des traits de personnalité, mais plutôt comme l’expression de troubles psychiques nécessitant une prise en charge adaptée.