Programme

(D)Oser la relation en psychiatrie : vers une juste présence ? 

 La relation de soin est souvent pensée à partir de la notion de distance. Paradoxe ? Avant même la rencontre avec le patient, le « bon professionnel » doit en effet savoir garder ses distances et gérer ses émotions ! La relation apparaît ainsi comme une pratique à risque qui implique de se protéger (ou de protéger le patient).

Mais peut-on soigner sans engager une part de soi-même ? Ce qui apaise et contient n’est-ce pas justement la présence ? Etre là, pour accueillir la souffrance morale, le délire, l’angoisse mais aussi les joies du quotidien. Juste une présence. Entre homéopathie et overdose, comment oser et doser cette proximité au cœur du soin ? Comment redonner la primauté à la relation alors que les soignants déplorent la perte de sens de leur engagement ?

– Qu’est-ce qui « fait » rencontre ? Jusqu’où aller en tant que soignant ? Comment se laisser toucher par l’autre ? Comment assurer la singularité du lien ?

– Les freins à la relation ne sont pas seulement liés à l’institution, les soignants eux-mêmes vivent des émotions complexes et contradictoires. Comment affronter la peur, le dégoût, la colère voire l’identification projective ? Comment nommer et reconnaître ses émotions sans paraître faible ou fragile ? Comment s’ajuster aux émotions du patient et de son entourage ? Quelle intelligence émotionnelle ?

– Comment moduler sa présence en fonction de l’évolution des troubles et des étapes du rétablissement ?

– L’organisation des soins peut-elle favoriser cette juste présence soignante et de quelle façon ?

Journée 1
18 octobre 2018

Ouverture

Accueil des participants 

Entre juste présence et bonne distance : comment penser la position soignante ?

Les concepts de distance et de présence obligent le soignant à se décentrer de la définition « administrative » d’un soin « protocolisé » et souvent enseigné comme un acte détaché de son contexte. Les soignants ne sont pas interchangeables. Leur manière d’être présents à l’autre conditionne et structure le soin, lui conférant ses lettres de noblesse.

– Etre soi-même avec l’autre, par et pour l’autre : l’analyse en présence ou la présence partagée
Pr Jean Naudin, professeur de psychiatrie à l’Université de la Méditerranée et chef de service au CHU Sainte-Marguerite à Marseille, docteur en philosophie et chercheur permanent au CNRS (UMR 6578).

– Soigner l’autre ? Soi et l’autre, un équilibre si délicat, un enjeu constamment renouvelé
Jean-Marc Randin,  psychologue universitaire (Suisse), superviseur et formateur, formé à la psychothérapie centrée sur la personne (Carl Rogers) au sein du Person-Centered Approach Institute International. Co-fondateur et rédacteur en chef de la revue ACP Pratique et Recherche.

– « Réalité administrative » et ajustements des rencontres
Lise Gaignard, psychanalyste, docteure en psychologie et chercheuse en psychodynamique du travail.

Pause

Visite de l’exposition 

Comment cultiver son intelligence émotionnelle dans la relation de soin ?

 L’interaction soignant/soigné suscite des émotions simples ou complexes qui impactent le soin. Certains recommandent de se « blinder », de rester objectif, de tenir à distance les affects. D’autres insistent sur l’empathie, le lâcher prise et invitent le soignant à se laisser aller à son ressenti, quitte à y perdre ses repères. De la peur face au patient agité ou suicidaire à la colère provoquée par des insultes répétées, comment réguler ses émotions et développer son intelligence émotionnelle ?

– Développer ses compétences émotionnelles dans la relation de soin  ?
Martin Desseilles, psychiatre et psychothérapeute, professeur à l’Université de Namur (Belgique), chercheur en neurosciences, en particulier sur l’étude des interactions des cognitions et des émotions.

– Les peurs des soignants : quels impacts sur la « présence clinique » ?
Ahmed Benaiche, infirmier spécialiste clinique, Valenciennes.

– Penser la rencontre soignante à partir du voyage comme expérience émotionnelle
Claudine Fuya, psychologue CH Montfavet (Avignon).

Pause déjeuner

 

 Remise des prix infirmiers en psychiatrie 2018

Comment réguler sa présence dans les situations d’impasses thérapeutiques ?

Certaines situations de soins confrontent les soignants à leurs limites (individuelles et collectives). Ils se sentent alors envahis, en échec, impuissants face à des patients dont les mécanismes de défense (déni, identification projective, clivage de l’objet) attaquent le lien à l’autre et les contaminent psychiquement. Comment sortir de ces impasses

– Distance thérapeutique et logiques paradoxales dans la clinique des états limites
Pr Vincent Estellon, directeur du master psychologie clinique et psychopathologie, Faculté des sciences du sujet et de la société, Université Paul Valéry – Montpellier 3.

– La relation de soin, une interface à l’épreuve de la violence
 Jean Lefèvre-Utile, infirmier, Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, doctorant, Département de recherche en éthique, Université Paris-Sud.

–  Une clinique du quotidien « ni trop près, ni trop loin » ?
Nicole Taliana, cadre de santé de secteur psychiatrique, thérapeute familiale psychanalytique, CH Montperrin, Aix-en-Provence.

Pause

Visite de l’exposition

 

Quelles organisations des soins pour favoriser la juste présence ?

Nul ne peut soigner seul, aussi solide soit-il. Une juste présence s’appuie sur un travail collectif (équipe, pôle, institution) qui repose sur des valeurs, des liens, un cadre thérapeutique porté par chacun, une clinique élaborée à partir de tâtonnements valorisés et partagés. Oser la relation, c’est aussi créer des espaces où interroger la présence à l’autre. Comment organiser cet indispensable accompagnement relationnel dans un cadre institutionnel où les normes et les protocoles envahissent le quotidien ?

– L’esprit des soins dans la fonction d’encadrement ou comment soutenir la présence
soignante ?

Alice Marmion, cadre de santé, CH Charles Perrens (Bordeaux).

– Juste présence soignante et programmes « Qualité » : quelle articulation ?
Bénédicte De Villers, chargée de recherches et de projets, coordinatrice locale pour la qualité des soins et la sécurité des patients et Christophe Médart, infirmier en chef, Centre neuro-psychiatrique St–Martin, Namur (Belgique)