Programme

De l’agitation à l’apaisement : comment s’adresser au corps ?

Argumentaire : 

Comment entrer en relation avec ce patient impénétrable, peut-être délirant, parfois agité ou hermétique, qui refuse tout contact ? Comment appréhender son monde interne ? Face à son absence de mots pour dire une souffrance qui conduit parfois aux passages à l’acte, les soignants doivent observer, écouter, et souvent initier leurs soins à partir des attitudes et/ou des plaintes corporelles. Ces soins « attentifs » donnent accès à la psyché et illustrent la nécessité du recours au corps en psychiatrie. Mais se préoccuper du corps pour mieux s’occuper du psychisme, reste une tâche délicate.

Les pathologies psychiatriques s’expriment massivement par le corps (schizophrénie, dépression, anorexie, état-limite, hystérie…). Comment le corps fait-il signe, comment s’exprime-t-il ? Au-delà de la pathologie, chacun vit son corps à partir d’un imaginaire qui lui est propre, d’expériences sensorielles, relationnelles, parfois traumatiques, qui laissent des traces. Différents outils théoriques peuvent être mobilisés (corps que l’on a et que l’on est, schéma corporel, territoires du moi, Moi-peau…) et diverses approches thérapeutiques engagées. Il en va ainsi du nursing, souvent décrit comme le « sale boulot », ou des médiations corporelles, mais aussi de différentes techniques psychocorporelles telles que la relaxation ou l’hypnose.

Par ailleurs, la question du corps en psychiatrie ne se limite pas à celui du patient. Chez le soignant, quelles sensations provoquent la rencontre avec le corps de l’autre : dégoût, colère, peur ? Comment l’impactent-elles et avec quelles conséquences (moqueries, évitement…) ? Quelle place pour le corps du soignant dans la dynamique de soin ? Comment le collectif peut-il « faire corps » ?

Qu’il s’agisse de contenir et d’apaiser dans l’urgence ou de proposer des soins psychocorporels réguliers, comment fixer un cadre thérapeutique permettant au patient de retrouver un ancrage perdu et bouleversé ? Existe-t-il des contre- indications au soin corporel ? Quelle place pour les thérapies en réalité virtuelle ?

Table ronde 1

Comment la souffrance psychique se manifeste « par » le corps…

En psychiatrie, tout commence par « du corps ». Ce corps replié, morcelé, incurique ou parfois adhésif est souvent le lieu privilégié de l’expression psychopathologique (états d’agitation, expériences de dépersonnalisation, retrait, hallucinations, délires, automutilations…). Ces manifestations s’imposent au clinicien qui doit alors tenter de déchiffrer ce que le corps transmet de l’éprouvé psychique. Au-delà des troubles du comportement, comment s’y repérer, quelle sémiologie ? Quels messages ?

Au corps anatomique réel s’oppose le corps imaginaire. Le trouble psychique se nourrit en effet de la relation que le sujet entretient avec son corps, lieu emblématique de sa singularité dans lequel s’inscrit son histoire et son intimité. Cette « conscience du corps » renvoie le soignant aux concepts de schéma corporel, de corps vécu, d’image du corps, de moi-peau… qui permettent de s’approcher du ressenti du patient. A partir de cette étape, comment contenir l’agitation et l’angoisse au-delà du contrôle ou de la maîtrise ? Comment penser cette place prédominante du corps dans la démarche de soins ?

Table ronde 2

De la « juste » présence corporelle du soignant

« Objet parleur » (Delion), le corps est aussi un lieu d’expériences vécues, de plaintes et de significations pour le sujet. Ce constat n’est pas sans conséquences : si le contact physique sert parfois l’interaction, il peut aussi prendre la forme d’une intrusion. Comment aller chercher ceux qui se replient et restent en retrait ?

Lorsque les frontières du corps sont floues, lorsque la peau n’est plus cet espace sensoriel qui délimite et contient, le contact physique est facilement alors perçu comme menaçant. Le soignant doit éviter d’imposer sa sollicitude à qui ne la supporte pas. Entre le corps « objet de perception » de l’hypocondriaque, celui squelettique, mais perçu comme obèse de l’anorexique, le corps fragmenté, morcelé, envahi de la personne qui souffre de schizophrénie ou le « corps effracté » par la violence du traumatisme psychique, les nuances sont nombreuses et obligent le soignant à écouter des propos qui peuvent le désarçonner. Face à ces situations qui suscitent des émotions contradictoires, comment trouver le « juste au corps » du soin psychique ? Quelle attitude adopter ? Quelle présence corporelle le soignant peut-il déployer ?

Table ronde 3

Des médiations corporelles pour une réappropriation de soi

Si le corps est parfois le problème, il peut aussi être la solution. Le soin implique des gestes, une écoute, une série d’attentions. Il est bien souvent le chemin le plus court qui permet au soignant d’aller vers le patient. Le quotidien fourmille ainsi d’occasions de mobiliser le corps (de la toilette à l’activité physique…). Des médiations corporelles (massage, relaxation, enveloppements), des activités artistiques (danse, marionnettes, musicothérapie, poterie, chant) sont régulièrement utilisées pour faciliter l’accès au patient, à ses représentations, et in fine lui permettre un véritable travail de réappropriation de soi. Pourtant, ces activités, souvent peu formalisées, passent au second plan. Comment penser ces médiations et leur cadre ? Comment s’organiser pour en déployer toutes les potentialités thérapeutiques ?

Table ronde 4

Le corps « retrouvé » ?

Si le corps est l’objet de souffrance, d’angoisse, de mal-être, il est aussi l’expression du mouvement, du dépassement de soi (ou de la surprise d’avoir réussi) de l’évacuation des tensions internes, de l’expérience de l’altérité, sujet de résilience, de reconnexion à soi, de valorisation narcissique. Parfois il s’agit de se réconcilier (ou de renouer) avec ce corps que l’on maltraite ou qui a été maltraité et que l’on peut se réapproprier à partir d’ateliers, d’exercices, d’expériences positives, de gestes simples et d’interactions avec autrui. Où en sommes-nous aujourd’hui ? La Covid a favorisé le développement d’outils numériques qui privilégient le virtuel aux dépens du corps en présence. Comment le distanciel a-t-il modifié ces approches et la réflexion clinique qui les sous-tend ?

 

Détail des tables rondes à venir