Actualités

15/11
2022

L’exposition photos d’un « père-aidant »

La série photographique « Dis papa : maintenant, je n’ai plus peur dehors » de l’auteur-photographe Geoffroi Caffiery, montre sur une durée de 12 ans, l’ordinaire d’un adulte souffrant d’un handicap invisible : la schizophrénie. Les photographies et les mots présentés à la médiathèque Edmond Rostand, à Paris, se posent non seulement en témoins des représentations de l’isolement et de la souffrance psychique mais décrivent aussi une capacité à mettre en oeuvre de nouveaux projets et à se rétablir année après année dans une vie quotidienne et sociale stable.

Auteur-photographe, Geoffroi Caffiery s’interroge sur la façon dont une œuvre photographique crée une forme de narration en assemblant différentes sources qu’elles soient textuelles ou iconographiques. Comme il le rappelle, la pratique de la photographie, depuis une trentaine d’années, s’est rapprochée du milieu des arts plastiques au point d’altérer, voire de falsifier très souvent l’image du visage ou du corps de « l’aliéné ». Les photographies et notes proposées par Geoffroi Caffiery qui se qualifie de « père-aidant », ont été prises entre 2011 et 2022. Elles montrent la vie d’un adulte souffrant d’un handicap invisible, celui d’une maladie chronique qu’est la schizophrénie. « Ces images sur écrits de cette série se posent dans un premier temps en témoins des représentations de l’isolement, de la confusion comme de la souffrance psychique de mon fils, explique le photographe. Ensuite, elles précisent le rapport au temps et montrent, année après année, ses progrès quant à la prise de conscience de sa maladie. Enfin, elles décrivent sa capacité à se réaliser, à nouveau, tant dans sa vie personnelle que publique ».

« Photographier quelqu’un atteint de troubles mentaux est complexe, car le spectateur pose un regard raisonné sur les images. Il faut pouvoir aussi distinguer l’objet « maladie » et le sujet « malade » qui souhaite montrer une belle image de lui. » Geoffroi Caffiery

Et de poursuivre : « mon fils, comme beaucoup d’autres, a subi de nombreux soubresauts : le deuil prématuré d’une mère en 2000, la maladie au moment où il aurait dû s’émanciper. Ce récit commence en décembre 2010, à l’annonce de cette affection sévère et chronique. Tout d’abord, j’ai pris des notes écrites pour rendre compte au médecin de ce que mon fils vivait…  » Une fois l’état de stupeur passé, les notes se sont faites de plus en plus précises pour que la mémoire du photographe n’altère pas ce qui avait été vécu. « L’acceptation a ouvert la porte à une autre forme d’engagement, celui de témoigner du trouble entre le moi et le monde extérieur. Le dire de mon fils comme préalable à la prise de vue, l’association des textes et des photographies s’est alors imposée pour cette série au long cours« . Les phases actives de la maladie de son fils sont des périodes « où les symptômes de délires, d’hallucinations, de sentiments d’étrangeté, se manifestent de façon aiguë. L’hospitalisation est souvent indispensable car les symptômes peuvent devenir d’une gravité telle que des soins particuliers doivent être prodigués« . Geoffroi Caffiery souligne que pendant plus de dix ans, « son fils s’est tenu à l’écart, a éprouvé des difficultés à établir des liens affectifs et a manifesté une incapacité à s’inscrire dans une démarche d’insertion socioprofessionnelle« . Aujourd’hui, alors que sa maladie se stabilise, il devient autonome. « Loin du désarroi affectif, connu dans les phases aiguës, ma famille reste le socle d’une vie intime où nous nous attachons aux détails d’un quotidien teinté parfois de rires, mais aussi de bienveillance et d’amour » conclut-il.

« Pendant plus de dix ans, mon fils s’est tenu à l’écart, a éprouvé des difficultés à établir des liens affectifs et a manifesté une incapacité à s’inscrire dans une démarche d’insertion socioprofessionnelle. Aujourd’hui, alors que sa maladie se stabilise, il devient autonome« . Geoffroi Caffiery

Pour aller plus loin et en savoir plus
• La série photographique "Dis papa : maintenant, je n'ai plus peur dehors", suite de l'exposition (2017) "Voies intérieures", récit photographique sur la souffrance psychiques, est visible à la médiathèque Edmond Rostand, dans le 17e arrondissement, à Paris, depuis le 3 novembre et jusqu'au 23 novembre 2022. Les images sur écrits décrivent la construction le chemin d'un schizophrène vers l'autonomie. Par ailleurs, une "conférence" aura lieu le samedi 12 novembre à 15h00 à la médiathèque et dont le sujet est l'accompagnement des personnes vivant avec des troubles psychiques sévères. Le photographe Geoffroi Caffiery sera accompagné d'Elodie Plandé, Psychologue clinicienne qui exerce aujourd’hui en service psychiatrique intra-hospitalier au GHU de Paris (Bichat).
• Auteur-photographe, Geoffroi Caffiery s’interroge sur la façon dont une œuvre photographique crée une forme de narration en assemblant différentes sources qu’elles soient textuelles ou iconographiques. Par ailleurs, il cofonde en 2018 l’association Profondeur de champ (située au larvoratoire photographique, Douarnenez dans le Finistère) et en 2021 l’association Vivantes (lutte contre les violences conjugales).
• Suivre l'actualité et le travail de Geoffroi Caffiery sur son site internet