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3/04
2025

La « détresse » des étudiants en Sciences infirmières

La Fédération Nationale des Étudiants en Sciences Infirmières (FNESI) alerte une fois encore sur la santé mentale dégradée des étudiants au travers des résultats de sa dernière « Enquête Bien-Être ». En 2025, 71,82% déclarent que leur santé mentale s’est dégradée depuis leur entrée en formation et 7 ESI sur 10 ont déjà pensé à arrêter leurs études.

Alors que la santé mentale est la grande cause de l’année 2025 du gouvernement français, plus de 100 ESI contactent par mail la FNESI, chaque mois, et plus de 10 ESI appellent la ligne téléphonique de la FNESI, chaque jour, pour exprimer leur souffrance psychologique. En 2025, 71,82% des ESI déclarent que leur santé mentale s’est dégradée depuis leur entrée en formation infirmière.

Des conditions de stage dégradées

7 ESI sur 10 ont déjà pensé à arrêter la formation. Parmi eux, 42,11% y ont pensé à cause des conditions de stage, très dégradées, et principale cause de leur mal-être. 93% d’entre eux déclarent se sentir épuisés mentalement depuis le début de leur formation. Comment peut-on encore accepter que les stages fassent fuir les étudiants ? Il est donc urgent de mettre en place la plateforme nationale d’évaluation des lieux de stage, promise depuis 2023. De plus, les ESI sont de plus en plus nombreux en formation, les terrains de stages manquent à tel point que 39 % des ESI déclarent être en stage avec plusieurs autres étudiants. Les établissements de formation n’ont plus les capacités physiques et matérielles d’accueillir des promotions toujours plus nombreuses. Ce phénomène est le reflet d’un dysfonctionnement profond du système de formation, où la volonté de former toujours plus remplace la lucidité de former mieux.

La Fnesi demande à ce que les quotas en formation soient repensés et adaptés aux ressources structurelles, pédagogiques et de stage en faveur des conditions d’études des ESI.

Parallèlement, les lieux de stage sont souvent le théâtre de violences, qu’elles soient psychiques (discrimination, notamment) ou sexistes et sexuelles (VSS). L’enquête de l’Ordre national des infirmiers (ONI) sur les VSS, en décembre dernier, mettait en évidence des situations préoccupantes et les étudiants étaient eux aussi concernés. Un constat que la FNESI vient confirmer : près de 16% estiment ainsi en avoir été victimes. En outre, les étudiants peinent à identifier le dispositif de signalement adapté, « ne se sentant appartenir ni à l’établissement de santé, ni à l’université, qui disposent pourtant de procédures de signalement« .

La santé des futurs soignants doit rester une priorité

La Fnesi dénonce un système qui ne permet pas aux étudiants de prendre soin de leur santé. Physique d’abord : 60,21 % des ESI déclarent que leur pratique sportive a été « impactée négativement » par la formation. En moyenne, les ESI consacrent seulement 1h30 d’activités physiques par semaine, par manque de temps, alors que les recommandations de l’OMS sont de 3 heures hebdomadaires. En plus d’impacter positivement la santé globale, l’activité physique permet de
réduire les douleurs musculo-squelettiques. Les étudiants passent la moitié de la formation en stage, dans des conditions très physiques. 48,64 % des ESI déclarent avoir des douleurs musculo-squelettiques. 32% des ESI consomment des antalgiques de palier 1. Ce constat est accablant pour la Fnesi : « les futurs soignants sont déjà physiquement épuisés et meurtris, avant même d’entrer dans la vie professionnelle« .

En 2025, 16,60 % des ESI, soit plus d’1 ESI sur 6, a commencé à fumer du tabac à cause des conditions de formation. Cette consommation est le reflet des comportements addictifs déjà installés dans les services. Plus d’1 ESI sur 2 consomme de l’alcool au minimum une fois par semaine. C’est significativement supérieur au constat établi en 2022, car cela concernait 1 ESI sur 3. 1 ESI sur 5 a déjà consommé des substances telles que du cannabis, de la cocaïne, du LSD ou de l’ecstasy. En 2022, c’était 1 ESI sur 8 qui était concerné.

La Fnesi demande un renforcement des ressources et effectifs de professionnels de santé au sein du dispositif “Santé Psy Étudiant” ainsi qu’une meilleure communication de ces derniers.

Autre problématique mise en évidence par cette enquête : une précarité ancrée dans les formations infirmières. Plus d’1 ESI sur 3 est contraint de sauter au moins un repas par semaine par manque d’argent’. « Le constat est simple, les étudiants en sciences infirmières ne mangent pas à leur faim » et seulement 10,29 % d’entre eux ont recours aux aides alimentaires proposées sur leur campus universitaire ou à proximité de leur lieu de vie ou d’études.

Afin de pouvoir vivre dans des conditions décentes et subvenir à leurs besoins, ce sont 39,62 % des étudiants qui sont dans l’obligation de travailler à côté de leurs études. Cette charge de travail supplémentaire impacte grandement leur santé et leur réussite académique : 63,64 % d’entre eux constatent un impact négatif sur la suite de leur formation ainsi que sur leur santé mentale et physique.

La Fnesi demande de renforcer l’accessibilité aux Services de Santé Étudiante (SSE) par leur déploiement et par la mise en place de conventionnement, pour permettre aux étudiants de réaliser des consultations auprès des professionnels de santé gratuitement et à proximité de leur lieu d’études.

Des données comme un cri d’alarme

Les étudiants infirmiers sont en détresse et attendent la mise en place d’actions concrètes. Ils se sentent négligés, méprisés, abandonnés par le système de santé. Pour la Fnesi, « il est nécessaire d’envisager les conséquences de la dégradation de la santé physique, psychologique et sociale des futurs soignants, dont notre système de santé a tant besoin« . Les résultats de cette enquête devraient nécessairement alimenter les prochaines décisions sur la formation. Rappelons que la réingénierie de la formation initiale des infirmiers est en cours avec une mise en application à la rentrée 2026.

• Détresse des étudiants en sciences infirmières : négligés, méprisées, abandonnés, communiqué de presse, 27 mars 2025, FNESI.
• Dossier de presse : Enquête Bien-être des Etudiants en sciences infirmières 2025, 27 mars 2025. FNESI.