De quoi le passage à l’acte est-il le nom ?
Aujourd’hui, le terme « passage à l’acte » envahit l’espace public où il signifie bien souvent « passer à l’action ». Dans la clinique psychiatrique, ce comportement traduit une rupture momentanée dans la continuité psychique du sujet, qui entraîne un acte impulsif, transgressif, parfois auto ou hétéro-agressif. Il suscite incompréhension, peur, colère voire de la contre-violence alors qu’il n’implique pas forcément d’attaque directe contre autrui. Dans ce contexte, les représentations des soignants conditionnent leur compréhension de ces agirs et donc la réponse clinique. Que nous apprend la sémiologie sur ces actes déroutants qui nous troublent ? Comment les catégoriser et les analyser ? Quels en sont les enjeux psychopathologiques ? Qu’est-ce qui en détermine la forme : le contexte institutionnel, la pathologie, l’élément déclenchant, la tolérance de l’entourage ?
Lectures du passage à l’acte en psychiatrie, Professeur Gérald DESCHIETERE, Chef de l’unité de crise et des urgences psychiatriques aux Cliniques universitaires Saint-Luc (Louvain), et professeur à l’Université catholique de Louvain
Figures contemporaines du passage à l’acte, Frédéric TORDO, Psychologue clinicien, Docteur en Psychologie clinique, chercheur associé (Université Paris-Cité), responsable fondateur du DU “Cyberpsychologie clinique et psychopathologie contemporaine” (Université Paris-Cité)
Nous nous intéresserons aux formes contemporaines du passage à l’acte, envisagées comme des agirs dissociatifs. Ces passages à l’acte ne traduisent pas tant une volonté de communiquer une détresse qu’ils n’expriment, silencieusement, un vide intérieur, une désaffectivation profonde et un effacement du lien à soi comme aux autres. Confronté à des environnements psychiquement indisponibles, le sujet se coupe de lui-même pour survivre, adoptant des conduites sans conflictualité apparente (scrolling hypnotique, pratiques de shifting (se transporter dans une autre réalité juste par la force de la pensée), replis numériques…). Ces formes d’agir témoignent d’une dissociation devenue structurelle, symptôme d’une rupture anthropologique majeure.