Des médiations corporelles pour une réappropriation de soi

17 octobre 2022
14h30 - 16h00

Des médiations corporelles pour une réappropriation de soi

Si le corps est parfois le problème, il peut aussi être la solution. Le soin implique des gestes, une écoute, une série d’attentions. Il est bien souvent le chemin le plus court qui permet au soignant d’aller vers le patient. Le quotidien fourmille ainsi d’occasions de mobiliser le corps (de la toilette à l’activité physique…). Des médiations corporelles (massage, relaxation, enveloppements), des activités artistiques (danse, marionnettes, musicothérapie, poterie, chant) sont régulièrement utilisées pour faciliter l’accès au patient, à ses représentations, et in fine lui permettre un véritable travail de réappropriation de soi. Pourtant, ces activités, souvent peu formalisées, passent au second plan. Comment penser ces médiations et leur cadre ? Comment s’organiser pour en déployer toutes les potentialités thérapeutiques ?

– Un massage des mains ? « Pourquoi faire, on n’a pas le temps ! », Corinne Schaub, infirmière, MA en sociologie et anthropologie, MA ès sciences en sciences infirmières, PhD ès sciences infirmières. Professeure HES associée à la Haute École de Santé Vaud (HESAV), Haute École Spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO)

Le toucher émotionnel, tel le massage des mains, est un soin infirmier. D’un point de vue neurobiologique ses effets sont de mieux en mieux documentés et portent aussi bien sur les biomarqueurs de stress que sur l’activation des zones cérébrales en lien avec les interactions sociales et les émotions. Ce soin permet notamment de rétablir une certaine horizontalité relationnelle entre professionnels et bénéficiaires. Chez les personnes vivant avec la démence et manifestant de l’agitation, le massage des mains est une occasion privilégiée de soin centré sur la personne qui s’appuie sur les ressources émotionnelles du bénéficiaire. Toucher vaut parfois mieux que parler pour accompagner la souffrance. Ainsi, réinvestir le corps quand l’agitation se manifeste peut permettre de soulager l’anxiété. Il est donc nécessaire de le faire dans un cadre de soin rassurant discuté en équipe pour limiter le risque d’intrusion. Mais toucher signifie aussi être touché, et le soignant doit lui aussi faire face à ses propres émotions dans cette pratique qui nécessite un réel engagement personnel.

– Corps anorexique : « Je veux juste sentir les os sur moi, rien d’autre… »,  Nadine Satori, infirmière spécialiste clinique, unité de soins des Troubles du comportement alimentaire à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale (GHU Paris)

Accompagner une personne anorexique nécessite de prendre soin de son corps amaigri à l’extrême où la faim est partout, tapie sous la peau. Corps presque mort et si vivant à la fois. Tout est là, muselé et si fort, et la personne blottie dans sa chair raréfiée, comme dans un coffre. Entrer en contact par le toucher, le regard ou la parole, c’est oser un chemin pavé de doutes pour tenter d’accéder aux cognitions et émotions enfermées dans ce corps. Alors que la renutrition est le premier traitement, la Clinique des maladies mentales et de l’encéphale (GHU Paris), propose plusieurs axes de soins autour de la prise en charge corporelle : photo, vidéo, accompagnement devant le miroir, vestiaire collectif, séances shopping en ville, logiciel de morphing et soins corporels (toucher à visée thérapeutique). L’objectif est l’acceptation de la reprise de poids qui passe par l’amélioration de l’estime de soi. Le patient peut alors sortir de l’enfermement de sa maladie, parce que la vie a besoin de nouveauté et d’altérité pour avancer, pour évoluer. Comment soutenir cette motivation au changement face à la puissance du déni des troubles ? Existe-t-il des contre-indications à la mise en place de l’approche corporelle ?

– Corps, trauma et régulation des émotions : la théorie polyvagale, Joanna Smith, psychologue clinicienne, chargée de cours à l’Université Paris 5 et à l’Ecole de Psychologues Praticiens (Paris), Formatrice agréée en Lifespan Integration (TM) Membre fondateur de l’Association Francophone du Trauma et de la Dissociation (AFTD)

Le corps est central dans le trauma : le corps traumatisé pleure, il se fige, il « abréagit », il agresse. Grâce à l’éclairage de la théorie polyvagale de Porgès (2011), nous décrirons comment mobiliser le corps afin de contrer les effets du traumatisme psychique (tentatives de fuite, de combat, de figement), notamment à l’aide de courtes expérimentations avec la salle. Nous prendrons l’exemple de la thérapie Lifespan Integration, aussi connue sous l’appellation ICV (Intégration du Cycle de la Vie), pour illustrer comment la théorie polyvagale peut être employée afin de favoriser la régulation des émotions dans le cadre de la psychothérapie du trauma.