Entre juste présence et bonne distance : comment penser la position soignante ?

18 octobre 2018
09h10 - 10h30

Entre juste présence et bonne distance : comment penser la position soignante ?

Les concepts de distance et de présence obligent le soignant à se décentrer de la définition « administrative » d’un soin « protocolisé » et souvent enseigné comme un acte détaché de son contexte. Les soignants ne sont pas interchangeables. Leur manière d’être présents à l’autre conditionne et structure le soin, lui conférant ses lettres de noblesse.

– Distance et proximité dans le soin psychique. Vers une approche phénoménologique du contact humain

Dr Tudi Gozé, Psychiatre, service de Psychiatrie, Psychothérapies et Art-thérapie (CHU de Toulouse), doctorant chargé de cours en philosophie au sein de l’Équipe de Recherche sur les Rationalités Philosophiques et les Savoirs (ERRaPhiS – EA 3051), Université Toulouse Jean Jaurès.

La « bonne distance », ce n’est ni trop loin ni trop près, c’est une approximation, autrement dit une approche du patient, de cet autre-que-moi et de sa souffrance. Dans le soin psychique, la distance qui me sépare de sa perspective est pourtant déjà incommensurable et mon regard attentif est parfois vécu comme une intrusion, un envahissement des limites d’un corps déjà précaires. Dans la psychose le soin est affaire de frontières, de rivalités. Comment alors déjouer la frontalité du regard qui pénètre l’intimité psychique, comment accompagner et comprendre ? 

L’approche phénoménologique, qui vise à mettre en suspens toute hypothèse à priori, offre l’opportunité de redécouvrir les jeux de la relation, la chorégraphie subtile qui se déploie entre moi et autrui. L’entre-deux-corps n’est pas un espace vide, mais un écart relatif qui fait la différence et ouvre au dialogue. Cet écart entre les êtres est irréductible, il faut pouvoir le reconnaître pour tisser les liens qui soignent. Nous aborderons la question de la distance à partir de la notion d’Aida du psychiatre japonais Bin Kimura et la notion d’écart du philosophe François Julien. Nous montrerons ainsi que la pathologie mentale est aussi un trouble de l’intersubjectivité et que l’espace relationnel peut être une clef pour penser le soin en psychiatrie.

– Soigner l’autre ? Soi et l’autre, un équilibre si délicat, un enjeu constamment renouvelé
Jean-Marc Randin
psychologue universitaire (Suisse), superviseur et formateur, formé à la psychothérapie centrée sur la personne (Carl Rogers) au sein du Person-Centered Approach Institute International. Co-fondateur et rédacteur en chef de la revue ACP Pratique et Recherche.

A la question « peut-on oser la relation en milieu soignant ? », le psychothérapeute formé à la démarche centrée sur la personne de Carl Rogers aurait tendance à répondre spontanément que c’est précisément la relation qui soigne, que la position soignante est fondamentalement relationnelle. Mais peut-être s’agit-il avant tout de définir ce qu’on entend par là dans le domaine thérapeutique. Chez Rogers, entrer en relation ne veut surtout pas dire prendre en charge. Montrer sa considération humaine pour l’autre, quel qu’il soit, n’implique pas de s’oublier soi-même, et le soignant qui intègre la relation à part entière se doit de connaître ses propres limites. L’écoute de l’autre implique une compétence à l’écoute juste de soi. La relation soignante ainsi considérée intègre deux personnes imparfaites, en évolution constante. Ecouter l’autre, oser la relation, c’est aussi prendre le risque de changer soi-même.

– « Réalité administrative » et ajustements des rencontres
Lise Gaignard, psychanalyste, docteure en psychologie et chercheuse en psychodynamique du travail.

« La moitié de l’humanité court se mesurer ou se faire mesurer. Que fait l’autre ? » demandait Hélène Chaigneau. Que faire ? Faire « marcher » l’hôpital et/ou soigner les malades ? Comment distinguer les différents points de vue et trouver des pistes de dégagement ? « Système D », « tricheries », désobéissances à l’épreuve des délibérations collectives.