Comment cultiver son intelligence émotionnelle dans la relation de soin ?

18 octobre 2018
11h00 - 12h30

Comment cultiver son intelligence émotionnelle dans la relation de soin ?

 L’interaction soignant/soigné suscite des émotions simples ou complexes qui impactent le soin. Certains recommandent de se « blinder », de rester objectif, de tenir à distance les affects. D’autres insistent sur l’empathie, le lâcher prise et invitent le soignant à se laisser aller à son ressenti, quitte à y perdre ses repères. De la peur face au patient agité ou suicidaire à la colère provoquée par des insultes répétées, comment réguler ses émotions et développer son intelligence émotionnelle ?

– Développer ses compétences émotionnelles dans la relation de soin  ?
Martin Desseillespsychiatre et psychothérapeute, professeur à l’Université de Namur (Belgique), chercheur en neurosciences, en particulier sur l’étude des interactions des cognitions et des émotions.

Nos émotions influencent la façon dont nous pensons et agissons. Face à la complexité de la relation singulière avec un patient, les soignants doivent donc investir davantage leurs « compétences émotionnelles ». Mais que recouvre ce concept et en quoi consistent ces compétences (identification, compréhension, utilisation, expression et régulation) qui jouent un rôle essentiel sur notre santé et notre qualité professionnelle. Dès lors comment les reconnaître, les réguler et les utiliser dans un contexte de soin ?

– Les peurs des soignants : quels impacts sur la « présence clinique » ?
Ahmed Benaïche, infirmier spécialiste clinique, Valenciennes.

Au quotidien, la relation de soin engage émotionnellement le soignant et engendre parfois des peurs qui conduisent à la mise en place de systèmes défensifs spécifiques. Une recherche qualitative menée auprès d’infirmiers ayant moins de trois années de pratiques en psychiatrie pointe ces stratégies d’adaptation. Cette intervention envisage les processus observés en lien avec les peurs ressenties selon que le patient est représenté comme « bon » ou « mauvais » et les conséquences directes en terme de présence clinique (mise à distance, corps à corps rapproché, angoisse transférentielle…) et donc d’impact sur le soin. Dans ce contexte comment permettre aux soignants de reconnaître et travailler sur leurs propres émotions ?

– Penser la rencontre soignante à partir du voyage comme expérience émotionnelle
Claudine Fuya, psychologue CH Montfavet (Avignon).

Le voyage est une expérience qui met le voyageur à l’épreuve de ses émotions et le confronte à une double altérité : celle du dehors, l’étranger qu’il tente de rencontrer, et celle de l’intime, du dedans, qu’il rencontre inéluctablement. C’est dans ce mouvement de va-et-vient permanent entre ces deux lieux que se trouve l’une des expériences émotionnelles les plus intenses : celle qui transforme et dont on revient diffèrent. Parce que le voyage se révèle être un magnifique amplificateur d’émotions au contact de l’étrange et qu’il permet souvent d’accoucher quelque chose de soi même, est-il possible d’en tirer des enseignements dans le domaine de la rencontre soignante ? La proposition se nourrira de la métaphore du voyage comme vecteur pédagogique à la formation des professionnels de santé.