Comment réguler sa présence dans les situations d’impasses thérapeutiques ?

18 octobre 2018
14h00 - 15h30

Comment réguler sa présence dans les situations d’impasses thérapeutiques ?

Certaines situations de soins confrontent les soignants à leurs limites (individuelles et collectives). Ils se sentent alors envahis, en échec, impuissants face à des patients dont les mécanismes de défense (déni, identification projective, clivage de l’objet) attaquent le lien à l’autre et les contaminent psychiquement. Comment sortir de ces impasses

– Distance thérapeutique et logiques paradoxales dans la clinique des états limites
Pr Vincent Estellon, directeur du master psychologie clinique et psychopathologie, Faculté des sciences du sujet et de la société, Université Paul Valéry – Montpellier 3.

Marquée par le totalitarisme de la détresse, de l’agir et de la destructivité ; colorée par la temporalité de l’urgence, la clinique des états limites laisse découvrir au clinicien des phénomènes qui rappellent souvent les caprices d’enfant. Le patient borderline, sans en avoir forcément conscience, entraîne le soignant dans une communication paradoxale, en essayant de le faire sortir de ses gonds, de le mettre aux limites (de ses fonctions, de sa patience, de lui-même). S’il n’est pas formé à déchiffrer ces logiques paradoxales, le thérapeute s’expose à vivre d’éprouvantes « scènes de ménages » dans le lien thérapeutique. Déjouer ces logiques paradoxales enfermantes, détoxifier les attaques projectives, accueillir et donner du sens à la destructivité, savoir s’effacer ou se rendre présent au bon moment, inviter progressivement à l’humour… telles sont les tâches du thérapeute qui travaille avec des personnes états limites.

– La relation de soin, une interface à l’épreuve de la violence
 Jean Lefèvre-Utile, infirmier, Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, doctorant, Département de recherche en éthique, Université Paris-Sud.

Lorsque les troubles du comportement s’aggravent chez les personnes avec autisme et déficience intellectuelle (ex. automutilation), l’éthique des professionnels est souvent mise à mal par l’usage de la contrainte. Face à l’intensité des violences quotidiennes et difficiles à contenir, garantir un cadre suffisamment rassurant pour le patient et l’équipe de soin est un véritable défi.  Les équipements de protection individuelle (EPI) permettent de répondre aux situations d’impasse, quand l’impact de la violence fragilise la capacité des soignants à préserver la relation. Une nouvelle interface devient alors possible pour se protéger soi et protéger l’autre, en permettant à chacun de retrouver une distance qui sauvegarde le lien nécessaire à l’accompagnement.

–  Une clinique du quotidien « ni trop près, ni trop loin » ?
Nicole Taliana, cadre de santé de secteur psychiatrique, thérapeute familiale psychanalytique, CH Montperrin, Aix-en-Provence.

La relation de soin en psychiatrie convoque l’intime et le professionnel. Elle peut sembler « aller de soi », devenir inquiétante, voire imprévisible et ingérable. Le soignant peut être pris « à son corps défendant » dans un lien de proximité ou/et de rejet qui le déborde et l’intruse au point d’en perdre sa « boussole professionnelle ». Quels moyens le groupe équipe et l’institution mettent-ils à disposition pour garantir l’émergence d’un processus de soin où chaque sujet et l’ensemble joueraient sa partition ?