« Accompagner » le passage à l’acte
L’acte, lorsqu’il apparaît sous une forme violente et destructrice, crée un sentiment d’urgence et nécessite une réponse rapide pour protéger le sujet et son environnement. Les comportements décrits comme « perturbateurs », « dérangeants », « problématiques », surtout lorsqu’ils se répètent, usent et mettent à mal l’équipe soignante qui peut se sentir provoquée, manipulée. Les réactions des soignants peuvent alors prendre différentes formes : un durcissement des règles qui vise à éradiquer le comportement, des « représailles », le désinvestissement voire l’effondrement collectif, le clivage ou encore un relâchement du cadre de soin allant jusqu’à l’effacement de toute distance. Les contre-attitudes prennent dans ce cas le pas sur le désir de comprendre. Il devient alors difficile de prendre du recul et de différer la réponse pour tenter de lui donner du sens. Comment ne pas aggraver ces passages à l’acte et éviter qu’ils s’installent et se répètent ? Avec quels outils renouer le lien et résister à la destructivité ? Quelle place pour l’analyse des pratiques ?
« Fuguer » : passage à l’acte ou respiration thérapeutique ? Anéïla Lefort, Psychiatre de secteur, Justine Liothier, Psychiatre cheffe de service – CH Laragne, Unité Provence et Solange Mistral, co-présidente du GEM Le Passe Muraille (Gap)
Etats limites et passage à l’acte suicidaire : les outils de la prévention, Véronique BRAND-ARPON, Infirmière, Docteur en biologie de la santé, Centre de thérapies des troubles de l’humeur et émotionnels/borderline, CHU Montpellier
L’enjeu de cette présentation est de proposer aux soignants un protocole précis de gestion de crise, en plusieurs étapes, pour des personnes à risque de « passages à l’acte impulsifs ». A travers un cas concret, nous verrons comment il est possible de prendre en soin quelqu’un « en détresse » ou « en crise » grâce à l’utilisation d’outils dits de « tolérance à la détresse » issus de la Thérapie Comportementale Dialectique (TCD). Il s’agit de définir un état de crise, d’évaluer le niveau de tension émotionnel, de constituer une trousse personnalisée d’outils de tolérance à la détresse et de mettre en place un plan de prévention du passage à l’acte suicidaire. Développer des compétences de tolérance à la détresse revient ainsi pour le patient à apprendre à gonfler son gilet de sauvetage en attendant d’apprendre à naviguer quelle que soit la météo…
La « formulation de cas » : une boussole pour comprendre les passages à l’acte et revitaliser le lien soignant-soigné Pierre OSWALD, Psychiatre, Directeur de service et Anthony AREND, Infirmier chef – Hôpital Universitaire de Bruxelles
La formulation de cas clinique, approche narrative et multicouche, contextualise les passages à l’acte dans une perspective biopsychosociale. Elle intègre plusieurs dimensions du fonctionnement du patient : biographiques, contextuelles, psychologiques et biologiques pour élaborer une hypothèse cohérente sur la signification des actes. À travers un cas clinique d’automutilation en unité psychiatrique, nous montrerons comment ce dispositif, permet de décoder le sens de l’acte et d’orienter des interventions thérapeutiques comme un ajustement du cadre ou une médiation relationnelle. Contrairement à l’analyse des pratiques professionnelles (APP), qui soutient la réflexion collective sur les dynamiques soignantes, la formulation de cas offre une compréhension clinique structurée du patient, réduisant les contre-attitudes (rejet, coercition) et renforçant la cohésion d’équipe pour préserver le lien soignant-soigné face à des comportements défiants.