Quand les troubles du comportement nous mettent à l’épreuve
« Inhibé+++ », « Intolérant à la frustration++ », « En retrait++ », « Agité++ », « Oppositionnel+++», « Logorrhéique++ », « Incurique++ », « Nous pousse à bout ! », les transmissions soignantes témoignent souvent de la fréquence des troubles du comportement des patients et la qualification « ++ », si peu descriptive, illustre bien la difficulté à nommer, écrire et penser ce qui se donne à voir.
Entre excès et retraits, qu’entend-on d’abord par comportement ? À l’hôpital, en structures médico-sociales, à partir de quand peut-on parler de « trouble du comportement » ? Que dit la sémiologie ? Il peut en effet être question de difficultés de régulation émotionnelle, d’organisations défensives face à l’angoisse, de réponses à des environnements précoces carentiels ou traumatiques ou encore de tableaux relevant de troubles neuro-développementaux. Quoi qu’il en soit ces troubles ont une logique dans la dynamique psychique et relationnelle de celui qui en souffre et tente ainsi de solliciter les soignants… Ils doivent donc être décrits, situés, interrogés : quand apparaissent-ils ? Dans quelles circonstances ? Comment sont-ils accueillis ? existe-t-il des moments où ils ne se manifestent pas ? Qu’en dit la personne qui les agit ? Quel sens ont-ils pour elle ?
Tous ces troubles du comportement, souvent surprenants voire déstabilisants, suscitent incompréhension, colère, peur ou tristesse chez les soignants et les confrontent à une expérience clinique qui ne se limite pas à interroger le symptôme. Elle éprouve aussi leur capacité à contenir, à penser ensemble un espace où quelque chose du sujet puisse être entendu.
Certains troubles sont spectaculaires, attirent l’attention, mobilisent les équipes et mettent le cadre de soins à l’épreuve. Comment alors apaiser et résister à la tentation coercitive ? D’autres manifestations, plus discrètes, sont en apparence moins menaçantes. Ces patients qui ne demandent rien et semblent présents sans être mobilisables, deviennent alors cliniquement invisibles. Comment aller vers ceux, dépressifs ou inhibés, qui cherchent à se faire oublier ? Comment dépasser le sentiment d’inutilité ou d’impuissance qui peut surgir dans une équipe pour retrouver une dynamique de soin ?
Le repérage précoce, les outils d’évaluation, l’analyse des pratiques, la collaboration des pairs-aidants (pour peu qu’une vraie place leur soit assignée), les médiations thérapeutiques, l’élaboration conjointe de directives anticipées, le traitement collectif du fonctionnement de l’institution constituent autant d’outils qui peuvent redonner à ces troubles du comportement leur fonction de « message » adressé aux soignants. Les penser collectivement, c’est leur redonner du sens, restaurer un cadre suffisamment contenant, et permettre au sujet de retrouver une place apaisée au sein du lien social.
« Aucun comportement ne doit amener à priver une personne de sa liberté, ni de ses capacités cognitives ou communicationnelles » (Hervé Menaut).
Troubles du comportement, de quoi parlons-nous « vraiment » ?
Un comportement perturbé c’est d’abord une série d’actes ou d’attitudes qui ébranlent les soignants ou les normes institutionnelles. Il faut donc interroger ces normes, leur légitimité et le regard que les soignants portent sur ce qui brouille en partie leurs repères. Il faut aussi préciser les contours de ce comportement puis procéder à un travail d’observation et d’analyse en lien avec un problème de santé, un handicap ou encore un contexte donné. Dès lors, en psychiatrie, quand peut-on évoquer la notion de « trouble du comportement », terme générique qui semble désigner des situations très variées ? La sémiologie invite à distinguer ce qui est observé de ce qui est interprété, à contextualiser les conduites, à interroger leur variabilité et leur signification. Quels cadres conceptuels orientent notre regard ?
Pathologie psychiatriques et troubles du comportement – Pr Clélia Quiles, Professeur de psychiatrie, Docteure en sciences cognitives, Université de Bordeaux, Centre hospitalier Charles Perrens.
« Y’a urgence ! », regard anthropologique sur les troubles du comportement – Yannis Gansel, Psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, Anthropologue.
Le trouble du comportement : un « message » souvent inaudible
Certains troubles du comportement peuvent être entendus comme des tentatives d’appel à l’aide lancées à un soignant, une équipe, une institution. Agitation, opposition, retrait ou inhibition ne sont donc pas seulement des manifestations qu’il faut contenir ou pour lesquelles il faut modifier un traitement médicamenteux. Il s’agit davantage de modes d’expression, plus ou moins conscients, qui se déploient en termes de défense ou d’adaptation, lorsque d’autres voies semblent impraticables. Ce « message » peut ainsi prendre différentes formes : agitation psychomotrice, cris incessants qui sollicitent, apparent désintérêt pour la réalité… Encore faut-il qu’un destinataire en accuse réception… Que se passe-t-il lorsque ce comportement est mal interprété, disqualifié ou réduit à un simple dysfonctionnement ? Comment comprendre la dimension relationnelle de ce trouble ? Que cherche-t-il à signifier ? Quels malentendus peut-il produire ?
Trouble du comportement : de la submersion à l’intelligence clinique – Hervé Menaut, Infirmier, cadre de santé, enseignant, Institut de formation en soins infirmiers de L’Aigle.
« À quoi lui sert ce comportement » ? : décoder les signaux faibles et le retrait comme messages inaudibles – William Boy, Psychologue clinicien.
Quand le cri devient le premier acte de la rencontre – Shyrhete Rexhaj, Infirmière, Pr HES ordinaire, Haute école spécialisée de Suisse Occidentale et Virginie Stocco-Reverchon, Infirmière, maître d’enseignement HES, Haute école de santé de Vaud (Hesav- Suisse).
Remise du Prix Santé mentale – Équipes soignantes et médico-sociales 2026
Avec le soutien de la Fondation Falret.
Penser la transmission clinique à l’ère des outils numériques
Céline Segard, Infirmière, M2, formatrice-consultante au GRIEPS.
Guillaume Saucourt, Infirmier, M2, formateur et responsable régional au GRIEPS.
Jean Maillet-Contoz, PhD, infirmier, cadre de santé, formateur-consultant au GRIEPS, chargé d’enseignement ; Université Marie et Louis Pasteur.
Benjamin Villeneuve, PhD, infirmier, formateur au GRIEPS, chercheur en sciences infirmières, pilote projet SEMIO8G.
Symposium partenaire avec le soutien du GRIEPS.
Agitation ou retrait : quand les équipes de soin vacillent
Les troubles du comportement constituent aussi une expérience partagée qui engage autant le cadre de soin que ceux qui le font vivre. Certains débordent : comportements sexuels impulsifs/compulsifs, passages à l’acte, refus répétés… et éprouvent la cohésion et la capacité contenante des équipes, réveillent la peur, la colère et activent les tensions. À l’inverse, le retrait, l’inhibition ou certaines formes dépressives laissent parfois aux soignants un sentiment diffus de découragement et d’impuissance ; le patient ne sollicite pas, ne proteste pas, ne dérange pas, et pourtant quelque chose se joue qui vient remettre en cause le sentiment d’efficacité du collectif soignant. Pourquoi les troubles du comportement nous troublent-ils tant ? Que révèlent-ils du fonctionnement collectif, des ressources disponibles, des fragilités institutionnelles ?
« Et si on essayait autre chose… » : de la mise à l’épreuve à la prise de « risque » – Sébastien Saetta, Sociologue et Yvonne Quénum, Infirmière-chercheuse.
« Faire arrêter », « faire accepter », « faire changer » ? : l’entretien motivationnel face aux comportements difficiles – Emeric Languérand, Psychologue, psychothérapeute, GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, Université Côte d’Azur.
Quand l’hypersexualité trouble le soin – Julien Martinez, Infirmier en pratique avancée psychiatrie et santé mentale, Doctorant en sciences, Centre ressources pour intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) Auvergne-Rhône-Alpes, Délégation de Clermont-Ferrand.
Comment transformer l’épreuve clinique en opportunité de lien ?
Lorsque le trouble du comportement a rompu le fil de la relation, comment ouvrir à nouveau un espace de dialogue ? Restaurer une circulation de la parole et du sens suppose parfois de déplacer le regard : travailler autrement le cadre, soutenir le pouvoir d’agir, associer les pairs-aidants, inventer des médiations. Mais il s’agit aussi de penser l’après : la place du sujet dans le collectif, son inscription dans le tissu social, les conditions d’un rétablissement possible. Cette séquence mettra en lumière des expériences qui, au-delà de la gestion du symptôme, cherchent à reconstruire du lien et à favoriser la rencontre, comme celle qui consiste à ouvrir des espaces d’écoute et de dialogue pour le sujet qui entend des voix. La communication non violente peut également inviter les soignants à se relier à leurs émotions et à celles du patient sans s’y perdre.
Un espace pour écouter et dialoguer avec les voix – Baptiste Gaudelus, Infirmier en pratique avancée psychiatrie et santé mentale et Camille Henry Niard, Médiatrice santé paire, Le Vinatier – Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole.
Comment « être en relation » ? : l’apport de la communication non violente – Barbara Minondo, Psychiatre.