Programme

« On n’a plus le temps ! » :
comment rester disponible à la rencontre ?

Journée 1
14 octobre 2024

Le soin est affaire de temps !

Temps « mesurable » des horloges et temps ressenti par chacun s’opposent en permanence. En médecine, le temps reste un « grand maître ». Nosographie, sémiologie, diagnostic et pronostic, rémission et rétablissement sont ainsi soumis aux différentes étapes de la maladie : déclenchement, traitement, guérison, chronicisation, rechutes. Dans les pathologies psychiatriques, la perception du temps fait symptôme, comme le « tout, tout de suite » des sujets borderline ou la temporalité apparemment figée des personnes souffrant de schizophrénie. Le parcours de soin est alors ponctué de moments qui différencient des espaces temps et servent de repères à des patients parfois perdus dans leurs souffrances. Temps souvent contraint des soignants, temps des familles, des patients parfois en demande d’efficacité rapide des traitements, comment faire cohabiter ces différentes temporalités ?

Temporalité et troubles psychiatriques, Pierre OSWALD, Directeur du service de psychiatrie, Hôpital universitaire de Bruxelles, Chargé de cours, Université de Mons, Maître de conférences, Université libre de Bruxelles

Tensions sur le temps du soin, Yannis CONSTANTINIDES, Agrégé et Docteur en philosophie, Enseignant à l’Espace éthique Île-de-France et Sorbonne université

Le poids des contraintes temporelles

Le temps est une ressource précieuse ! Qu’il s’agisse d’attendre l’effet d’un traitement médicamenteux, d’accompagner un patient dans sa prise de conscience de la maladie (parfois après plusieurs décompensations…) ou encore de tisser patiemment une relation de qualité, impossible « d’aller plus vite que la musique » intime de chacun.

L’accélération des temps et des rythmes bouscule pourtant ce travail d’apprivoisement et de tissage du lien thérapeutique. Epuisement physique et émotionnel, saturation cognitive, stress, hyperactivité et sensation permanente de « manquer de temps » érodent alors la capacité des soignants à observer, analyser et réagir. Dans le même temps, la perte de sens de l’investissement professionnel s’installe et alimente souvent la culpabilité des soignants. Comment les professionnels tentent-ils de faire face et à quel prix ? Les entretiens informels, fragiles havres de paix, peuvent constituer des espaces de respiration à réinvestir.

– Le mal-être des soignants face à l’accélération du rythme de travail, Agathe MORINIERE, Docteure en sciences de gestion, Maître de conférence EM Lyon

Fatigue compassionnelle, les blessures de l’idéal soignant, Charlotte PERRIN-COSTANTINO, Docteure en psychologie clinique, Psychanalyste membre de la SPP, Directrice de la revue Cliniques – Paroles de praticiens

– L’entretien fréquent et de courte durée, Dominique FRIARD, Infirmier et superviseur d’équipes

Remise des Prix des Equipes Soignantes en Psychiatrie 2024

Avec le soutien de la Fondation de France

 

symposium – A la recherche du sommeil perdu…

Isabelle Poirot, Psychiatre, Unité de sommeil, psychiatrie adulte du CHU de Lille

Elise Kempiak, Infirmière, CMP secteur 59G08, CHU de Lille

Symposium partenaire avec le soutien de Idorsia

Privilégier l’intensité du lien

Les soignants doivent accepter de ne pas, toujours, tout maitriser ni tout faire. C’est dans des espaces laissés vacants que les patients et leurs proches peuvent aussi s’installer et s’approprier leurs soins. Pour tenter d’ajuster ces rythmes et ces attentes, en apparence inconciliables, des équipes de soin choisissent de privilégier l’intensité du lien avec le patient et de différencier l’important de l’essentiel… Certains dispositifs peuvent soutenir cet engagement, s’adapter au rythme de chaque patient et garantir la continuité des soins. Peut-on ainsi « protéger » un patient de la réitération suicidaire en prenant le temps de coconstruire avec lui un outil « sur mesure » ?  Peut-on diminuer la coercition grâce à la mise place d’une équipe dédiée au soutien clinique des collègues en difficulté ? Réactivité, rapidité, mobilité, comment les équipes mobiles déploient-elles un « travail de disponibilité » dans l’intervention précoce ?

– Equipes mobiles : hâtez-vous lentement…, Samuel BOULOUDNINE, Psychiatre et psychothérapeute systémique, Jérôme ALBERTINI, Infirmier et formateur

– « On n’a pas le temps de le calmer ! » : une équipe de prévention de l’isolement et de la contention, François PYTLAK, Infirmier coordinateur et Bertrand DEVAUD, Aide-soignant, CH Camille Claudel

« Brief is more », les interventions brèves de santé en prévention du suicide, Benoit CHALANCON, Infirmier, MSc, doctorant, Centre de prévention du suicide, Pôle urgence, CH Le Vinatier

(Re)prendre le temps du soin

« On n’a pas le temps ! », c’est toujours : « Je n’ai pas de temps pour… vous » ! Pour que la parole du patient soit entendue, qu’elle trouve sa place et fasse « événement » sur le plan clinique, il faut permettre à la personne qui souffre de se raconter et d’élaborer son histoire. Des organisations choisissent ainsi de s’appuyer sur les nouveaux « métiers du soin » (pratique avancée, coopération…) pour accroitre l’hospitalité et permettre aux soignants de « passer du temps avec les patients ». D’autres parient sur le déploiement de l’Intelligence artificielle en santé (aide à la décision, automatisation de tâches administratives, guidage des patients à travers les procédures administratives…) pour permettre aux soignants de réinvestir la rencontre… Autant d’espaces de « respiration » qui peuvent redonner au professionnel le plaisir de soigner et de tisser de l’exceptionnel…

– « Coopération », « pratique avancée », le temps de la délégation (l’exemple des urgences du Vinatier), Brian LEVOIVENEL, Cadre supérieur de santé au Pôle Est, Responsable du déploiement des protocoles de coopération et de l’Evidence Based Nursing et Tamara VERNET, Infirmière en pratique avancée en suicidologie, Pôle urgence, CH le Vinatier.

– L’intelligence artificielle pour réinvestir la rencontre ? Stéphane MOUCHABAC, Psychiatre, hôpital Saint-Antoine Paris (Département médico-universitaire neurosciences, AP-HP 6.0), Chercheur à l’ICRIN Psy innovation de l’Institut du cerveau et de la moelle à Paris, Codirecteur de la section E-santé de l’Association française de psychiatrie biologique et de neuropsychopharmacologie (AFPBN)

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